Certaines réactions aux travaux publiés ici laissent un peu songeur, ou rageur… ou rongeur.
A droite, une chroniqueuse affirme que mes analyses visent à "plaire et satisfaire uniquement l’opposition" (donc la gauche) :
http://www.diatala.org/article-6893625.html.
A gauche, les amis (aveyronnais) de Jean-Luc Mélenchon déclarent que, pour moi, "d’une part un seul mode de pensée est humain, celui de droite, d’autre part les citoyens sont incapables de penser politiquement" :
http://www.prs12.com/article.php3 ?id_article=1354.
Il aurait été vraiment contrariant de ne trouver qu’une de ces deux opinions. Il est presque rassurant de voir que les analyses scientifiques sont l’objet d’assauts aussi virulents à droite qu’à gauche.
Les deux articles convergent néanmoins sur plusieurs points. D’abord pour dénoncer les analyses faites par les psychologues et sociologues, pseudo-scientifiques, aux méthodes incertaines dont le charlatanisme transparaît sous un discours abscons.
Les attaques contre les Sciences humaines et sociales en général, et contre les disciplines expérimentales en particulier, ne sont ni rares, ni nouvelles. Elles portent habituellement sur les théories et les méthodes, voire sur la déontologie de la pratique scientifique et, à ce titre, elles trouvent leur place normale dans le débat démocratique.
C’est simplement étonnant qu’on y retrouve maintenant des arguments assez proches de ceux des mouvements créationnistes : les sciences et les idéologies sont mises sur un même plan et on n’est pas loin d’assimiler les Sciences humaines et sociales à des doctrines.
Gardons à l’esprit que, pour ce qui est de la qualité d’une recherche ou d’un chercheur, les instances universitaires nationales et internationales sont là pour en attester. La parole des chroniqueurs et bloggueurs n’y prend aucune part… pour l’instant.
Mais là où l’union militante sacrée devient claire c’est dans l’argument suivant : "Quand la psychologie donne raison à l’ultralibéralisme : le peuple est con" (PRS12) ou encore : "espérons le vivement pour qu’ils cessent de prendre le commun des mortels pour un con" (Diatala).
On passera sur l’élégance des formules. L’une des deux, c’est vrai, écrit de la poésie et on regardera avec intérêt sa présentation et son appel à la politesse et au respect d’autrui… !
Mais il y a plus grave que la vulgarité. Ici, non seulement on méprise ouvertement les scientifiques lorsque leurs analyses dérangent (je ne suis pas sûr qu’elles soient vraiment dérangeantes, d’ailleurs), mais on les accuse de mépriser les citoyens.
Au moins, le but est atteint : c’est blessant. Et c’est totalement injuste. Il est bien évident que tout un chacun peut comprendre un discours. Mais l’analyser est différent. Cela demande une mise en perspective et le recours à des méthodes validées par la communauté des chercheurs, justement pour éviter des interprétations partisanes. Les miennes reposent sur des principes scientifiques (statistique, informatique). Ce ne sont pas les seules, ni les meilleures, sans doute.
Mais elles permettent juste deux choses :
porter un regard objectif sur la parole politique, le plus dégagé possible de toute influence idéologique (les ordinateurs ne font pas de politique) pour rechercher un autre jugement que "qui a tort, qui a raison ?". Pour ma part, il s’agit par exemple de mettre en évidence les évolutions historiques de la communication politique depuis 1959 (lire : "Le grand oral…").
décrire, expliquer et prévoir des processus en psychologie politique, sans jugement de valeur sur les citoyens qui mettent en oeuvre ces processus, mais dans la perspective de produire du savoir et dans l’illusion que la connaissance libère l’individu. C’est, dans notre esprit, une occasion supplémentaire d’inviter les citoyens à réfléchir sur la politique, sur la base d’une lecture désintéressée, sans arrière pensée.
Est-ce du mépris pour les citoyens ? C’est en tout cas une parole bien différente de celle des politiciens, des journalistes et des chroniqueurs. Mais alors pourquoi les chroniqueurs - de droite comme de gauche - résistent-ils à cette forme de connaissance et ne la perçoivent-ils que comme un complot de l’adversaire ? La réponse est peut-être chez Rabelais : "Sapience n’entre point en âme malivole…".


