» Débats, controverses et polémiques » Les mots du "grand débat sur l’identité nationale"
 
Tout déplier Tout replier

  • Plan du site

  • Les mots du "grand débat sur l’identité nationale"
    Par Pascal Marchand et Pierre Ratinaud

     
    Le « Grand débat sur l’identité nationale » a déchaîné les passions et fait couler beaucoup d’encre. Mais que contenait-il finalement ? Le débat sur le débat n’a-t-il pas masqué la question elle-même : « qu’est-ce qu’être Français aujourd’hui » ?

    Des milliers de contributeurs se sont connectés sur le forum du « Ministère de l’Immigration, de l’intégration, de l’identité nationale et du développement solidaire » du 2 novembre au 2 décembre 2009 : qu’ont-ils vraiment dit ?

    C’est le contenu de ces 18 240 contributions, d’une richesse exceptionnelle, qui est décrit dans notre ouvrage : « Être français aujourd’hui. Les mots de l’identité nationale » (Les Liens qui Libèrent, février 2012. Préface de Gérard Noiriel) [1].

    A l’aide du logiciel (libre et gratuit) Iramuteq (développé par Pierre Ratinaud), nous avons pu déterminer la structure de ce forum et en synthétiser le contenu.

    Pour nous, il s’agit maintenant de redonner la parole à ceux qui ont participé au « Grand débat »… et d’en faire profiter les autres. Dans ce « dictionnaire raisonné de l’identité nationale », chacun sera assuré de trouver des propos qu’il aimera, et d’autres qu’il détestera… et qu’il aimera sûrement détester ! Car c’est la diversité française qui s’exprime ici, crue et nue, libre et spontanée, en raison et en émotion.

    L’ouvrage fait donc une large part aux contributeurs et comporte peu d’éléments statistiques (en dehors de quelques annexes). Nous nous contenterons donc ici de le compléter de quelques graphiques à destination des ceux qui voudraient en savoir plus.

    PDF - 1.3 Mo
    Télécharger la présentation de l’ouvrage

    Le plan de l’ouvrage suit absolument la structure statistique mise en évidence par une « classification hiérarchique descendante » du lexique et comprend cinq chapitres, correspondant à cinq classes de vocabulaire :

    Plan de l’ouvrage

    1. Débattre

    Quelle est la question ? (Répondre, Pourquoi, Merci, Inutile). Définir l’identité nationale (Définir, Europe, Immigration). Le contexte global (Economie, Elites, Intégration/assimilation, Racisme et xénophobie). Le système (Politique/politicien(s), Gouvernement, Honte). Les acteurs politiques (Besson (Éric), Sarkozy (Nicolas), Extrême droite/Front national, Élection/électorat, Sondage(s)). Publier (Modération, Censure).

    2. Croire

    Les valeurs de la république (Valeurs, Liberté, égalité, fraternité, Laïcité, Droits et devoirs, Droits de l’homme, Révolution).

    3. Savoir

    La communauté (Appartenance, Partage, Diversité, Communautarisme). L’histoire de la nation (Hériter, Ancêtres, Assumer, Transmettre, Renan(Ernest)). Le terroir et la culture (Territoire, Régions, Paris, Province, Gastronomie, Arts, Célébrités). La religion (Racines (judéo-)chrétiennes, Catholique, Protestants, Musulman/Islam).

    4. Vouloir

    Respecter les lois (Respecter, Lois/Règles, Us et Coutumes, Parler la langue/le français, S’Intégrer). Respecter les symboles (Drapeau et hymne, Marianne, Siffler, Police/Pompier/Enseignant). Ne pas profiter du système (Profiter, Avantage(s), Contribuer).

    5. Être

    Histoires de vie (Naître, Parents, Guerre, Nationalité, Italien, espagnol, allemand, polonais, algérien, Hasard, Immigré). Payer ses impôts (Payer/Impôts/Taxes, Travailler, Entreprise). Chanter la Marseillaise (Chanter (la Marseillaise), Football, École).

    En utilisant la lexicométrie, on a trouvé dans ce corpus des positions différentes, antagonistes, qui font appel à des idées de la France évidemment incompatibles. On y découvre plusieurs oppositions :

    Nous livrons nos interprétations de ces graphes en faisant référence à des travaux en sciences de l’information et de la communication, en sciences de l’éducation, en psychologie sociale et avec quelques emprunts à l’histoire.

    Mais les artistes savent aussi exprimer des références lexicales que la statistique ne dément pas :

    Fresque (aujourd’hui détruite) du « Mur des Expulsés » de Billère (Hautes-Pyrénées).

    Pour aller plus loin…

    Nous écrivons (pp.292-293) :

    Les liens éventuels entre ces contenus et l’inscription socio-catégorielle de leurs auteurs ne pouvaient pas être définis sur la base du forum. On peut imaginer que la simple lecture des extraits aura pu susciter quelques intuitions chez le lecteur, voire donner lieu à quelques hypothèses. Nous savons bien que le forum a attiré des hommes et des femmes, des lycéens, des professionnels et des retraités, des Parisiens et des provinciaux, que les niveaux d’écriture traduisent certainement une grande variété dans les degrés d’instruction et les catégories socioéconomiques, et que certains propos renvoient sans doute à des positionnements de droite ou de gauche. Mais nous ne pouvons actuellement pas établir de proportions, ni les mettre en relation avec les classes de discours.

    Une étude plus systématique est encours pour tenter d’établir plus solidement de tels « ancrages » [2].

    Plus précisément, l’analyse du contenu du Forum sur l’identité nationale nous a fourni une trentaine de questions directement issues des opinions exprimées. Nous y avons ajouté des questions sur la crise économique (causes, responsables, gestion), les Droits de l’homme, le sentiment de vulnérabilité (personnelle et nationale), la Représentation de la justice, ainsi que l’Age, sexe, revenus, pratiques médiatiques… et nous avons soumis ce questionnaire à près de 450 personnes (le recueil est encore en cours).

    La première chose que nous observons est la remarquable superposition de la structure du forum avec la structure des réponses aux questions.

    Une analyse en composantes principales permet de définir des dimensions dans les réponses. Par exemple :
    - une dimension qui valorise le respect des symboles, de la terre, des anciens combattants, des personnages historiques et qui refuse l’immigration (F1 : nationalisme)
    - une dimension qui valorise le métissage, les droits de l’homme, la diversité, le service public et ne croit pas dans une définition unique (F2 : métissage)

    Si l’on ne prend que ces deux dimensions, on peut rechercher quels sont les individus qui les investissent plus ou moins.

    Sans surprise, les intentions de vote marquent des différences significatives :

    La droite investit donc davantage la dimension F1 (nationaliste) et la gauche la dimension F2 (métissage).

    Les pratiques médiatiques sont intéressantes à regarder :

    On voit que la dimension "métissage" ne discrimine pas significativement les pratiques médiatiques. En revanche, la dimension "nationalisme" est plus investie par les téléspectateurs que par les amateurs de la presse magazine et de la radio, la presse quotidienne et l’internet étant dans une position intermédiaire.

    On mesurait également le sentiment de vulnérabilité personnelle (avoir peur pour mon avenir) et nationale (avoir peur pour mon pays) [3].

    On voit que le sentiment de vulnérabilité personnelle fait croître les références nationalistes, mais également l’adhésion au métissage. En revanche, le sentiment de vulnérabilité nationale fait croître les références nationalistes et fait décroître l’adhésion au métissage.

    De la même façon, on testait le définition de la justice. Que considère-t-on comme juste ? Recevoir :
    - selon la contribution de chacun ?
    - selon les besoins de chacun ?
    - la même chose pour tous ?

    La réponse à ces questions est également liée aux représentations de l’identité nationale.

    Ceux qui pensent en termes d’égalité et de besoins, investissent davantage la dimension "métissage", tandis que ceux qui pensent en termes de contributions sont davantage du côté "nationaliste".

    Nous rendrons compte ici régulièrement d’autres corrélations significatives que nous mettrons en évidence.


    Cliquez ici pour consulter le thésaurus des contributions

    (établi avec le logiciel Tropes. Merci à Pierre Molette)


    [1] Contacts presse :
    Anne Vaudoyer (avaudoyer@gmail.com ou 06.63.04.00.62)
    Sophie Bonnet (sof.bonnet@yahoo.fr ou 06.80.27.53.56)

    [2] Voir Doise, W., « L’ancrage dans les études sur les représentations sociales », Bulletin de psychologie, t. XLV, n° 405, 189-195, 1992.

    [3] voir C. Staerkle, P. Roux & C. Delay (2007). « Qui a droit à quoi ? , Justice sociale et préjugés ». Presses Universitaires de Grenoble

     
     
    Publié le mardi 24 janvier 2012
    Mis à jour le dimanche 4 mars 2012

     
     
     
    Les autres articles de cette rubrique :
     
    Publié le mercredi 30 mars 2011
    Mis à jour le lundi 16 janvier 2012
     
    Publié le lundi 31 mars 2008
    Mis à jour le jeudi 23 décembre 2010
     
    Publié le vendredi 6 février 2009
    Mis à jour le jeudi 23 décembre 2010
     
    Publié le vendredi 30 mai 2008
    Mis à jour le jeudi 23 décembre 2010
     

     
    Accueil     |    Plan du site     |    Espace rédacteurs     |    Se connecter